Le combat contre le terrorisme d'Al-Qaïda

Quand les Forces Spéciales traquent les Djihadistes en Afrique, en Asie, au Proche-Orient et en Europe

Anwar Al-Awlaki, le « Ben Laden de l’internet », cible de la CIA

Anwar al-Awlaki, un ancien imam américain d’origine yéménite, est surnommé par Washington le « Ben Laden de l’Internet ». En effet, par ses discours, dont la majorité est publiée en anglais, il participe activement à l’embrigadement et au recrutement d’activistes dont certains passent ensuite à l’action terroriste. En 2010, la CIA a reçu pour consigne de le « neutraliser ». Il s’agit d’ailleurs là d’une première, car aucun citoyen américain n’a jamais fait l’objet d’une telle mesure, même du temps de la Guerre froide. Il a été désigné officiellement comme un « élément terroriste » par l’ordre 13224 publié par le Département d’Etat américain.

Biographie

Anwar al-Awlaki est né le 22 avril 1971 à Las Cruces, au Nouveau Mexique, au sein d’une famille Yéménite aisée. A ce titre, il bénéficie de la double nationalité américaine et yéménite.

De 1978 à 1991, il vit dans la bonne société yéménite. En effet, son père a été nommé ministre de l’Agriculture puis président de l’université Ali Mohamed Mujur.

Anwar al-Awlaki retourne aux Etats-Unis en 1991, où il étudie le génie civil à l’université de l’Etat du Colorado. Il est alors président d’une association d’étudiants musulmans, mais ne se fait pas remarquer par un zèle religieux très poussé. Etudiant brillant, il obtient aussi un diplôme de management à l’université de San Diego. Parallèlement, il entame un doctorat portant sur le développement des ressources humaines à l’université Georges Washington.

En 1993, juste après le premier attentat dirigé contre le World Trade Center, qui est attribué à Al-Qaida[1], il effectue un voyage en Afghanistan. A son retour, il affiche ouvertement son admiration pour les idées de l’idéologue palestinien Abdullah Azzam qui fut le mentor d’Oussama Ben Laden. Toutefois, ce dernier l’a peut être fait assassiner en 1989, car des désaccords tactiques étaient apparus entre les deux hommes. Il semble qu’al-Awlaki n’ait pas eu l’occasion de rencontrer Ben Laden au cours de son séjour en Afghanistan, ce dernier résidait alors au Pakistan et était en partance pour le Soudan.

De retour aux Etats-Unis, al-Awlaki est désigné en 1994 imam de la Société islamique de Denver. Il prêche alors un islam modéré bien qu’inspiré par la confrérie des Frères musulmans égyptiens, qui est à la base de l’idéologie de l’organisation Al-Qaida alors naissante.

En 1996, il devient imam de la mosquée Ar-Ribat al-Islami de San Diego en Californie.

En 1998-1999, il occupe le poste de vice-président de la Société charitable pour le bien-être social qui a été fondée par Abdulmajid al Zindani, un imam yéménite qui est considéré comme un proche de Ben Laden. Le FBI estime que cette organisation a servi à l’époque à collecter des fonds pour Al-Qaida.

Anecdote savoureuse qui en dit long sur la réalité de son engagement spirituel à l’époque : bien qu’il soit marié à une de ses cousines yéménites depuis 1994, ses fonctions religieuses ne l’empêchent pas de fréquenter régulièrement des prostituées.

Il quitte son poste d’imam en 2000. Il effectue alors plusieurs voyages à l’étranger dont les destinations sont inconnues des autorités, avant de rentrer aux Etats-Unis en janvier 2001. Il devient alors imam de la mosquée de Falls Church à Washington DC. Il est en même temps aumônier musulman au sein de l’université George Washington, où il poursuit son Doctorat entamé en 1992.

En mars 2002, il quitte Washington pour retourner au Yémen. Toutefois, il effectue un dernier séjour aux Etats-Unis en octobre 2002, au cours duquel il rencontre le religieux radical Ali al-Timimi. Ce dernier sera condamné, le 14 juillet 2005, à l’emprisonnement à vie pour sa participation au « réseau terroriste islamique de Virginie », qui regroupait des activistes s’entraînant en vue de mener la guerre sainte. Il semble qu’al-Awlaki était venu lui demander de recruter des volontaires pour combattre aux côtés des taliban.

A la fin de l’année 2002, il rejoint Londres où il prêche à la mosquée at-Tawhid, dans le quartier de Leytonstone. Il intervient publiquement au moins une fois auprès de la Fédération des sociétés d’étudiants islamiques de Grande-Bretagne.

Tout au début 2004, il rejoint le Yémen et s’installe avec son épouse et ses cinq enfants à Saeed, le village de sa famille, dans la province de Shabwa. Il est alors employé comme maître-assistant à l’université Imam de Sanaa, dirigée par al-Zindani, un intellectuel islamique fondamentaliste très connu.

En 2006, Awlaki est incarcéré 18 mois, accusé d’avoir participé à l’enlèvement d’un adolescent chiite pour obtenir une rançon, ainsi que pour une tentative d’attentat dirigée contre l’attaché de défense américain.

Liens avec Al-Qaida

A la fin des années 1990, alors qu’il résidait à San Diego, il aurait fréquenté Nawaf Al-Hazmi et Khalid Almihdhar qui seront deux des kamikazes embarqués à bord du vol 77 d’American Airlines, qui s’écrasera sur le Pentagone le 11 septembre 2001.

A partir de janvier 2001, les prêches qu’il donne à la mosquée de Falls Church sont écoutés assidûment par Nawaf Al-Hazmi (cf. ci-dessus), mais également par Hani Hanjour, un autre activiste qui se trouvera aussi à bord du vol 77. Aucun fait n’est venu prouver qu’il connaissait personnellement cet activiste. Lors de l’enquête qui a suivi les attentats du 11septembre, al-Awlaki est interrogé à quatre reprises par le FBI, car son nom a été trouvé sur l’agenda de Ramzi Binalshibh, le « vingtième kamikaze », qui n’a pu obtenir un visa pour les Etats-Unis, mais qui a joué un rôle logistique important dans la préparation de ces attentats. Incarcéré à Guantanamo, ce dernier a certainement livré les détails sur la responsabilité endossée par al-Awlaki dans cette affaire. Selon certains observateurs, il était « au moins au courant » de la préparation des attentats qui marqueront le début du XXIe siècle.

A la même époque, un autre fidèle est également souvent présent dans la mosquée de Falls Church. Il s’agit de Nidal Malik Hassan, le psychiatre militaire qui sera l’auteur de la tuerie de Fort Hood, le 12 novembre 2009, qui fera 13 victimes. L’enquête prouvera qu’al-Awlaki a échangé au moins dix-huit e-mails avec le major Nidal Malik Hassan de décembre 2008 à juin 2009, soit quelques mois avant que ce dernier ne passe à l’action.

Il a aussi eu des contacts avec Oumar Farouk Abdulmutallab, l’activiste qui a tenté de faire exploser le vol Northwest Airlines 253, le 25 décembre 2009. En effet, Abdulmutallab aurait été un des ses élèves alors qu’il séjournait au Yémen en 2005 pour y suivre une formation linguistique et religieuse. Al-Awlaki l’aurait également contacté par Internet à Londres, à plusieurs reprises. Enfin, Oumar Farouk Abdulmutallab lui aurait rendu une dernière visite au Yémen, fin 2009.

Il aurait également été l’inspirateur de Faizal Shahzad ,qui a tenté sans succès de commettre un attentat à la voiture piégée à Times Square, en mai 2010.

Depuis des années, al-Awlaki publie de nombreux textes enflammés sur le site Islam Today, dont un célèbre « Pourquoi les musulmans aiment la mort ». Il est également un des auteurs les plus prolifique du mensuel en ligne Inspire, qui est une publication de propagande d’Al-Qaida en anglais.

Bien qu’interdit de séjour en Grande-Bretagne depuis 2006, il donne de nombreuses interviews dans lesquels il ne cesse de prôner le jihad par Internet, et ce, jusqu’en 2008. En décembre 2010, il a félicité les milices islamiques somaliennes Shabab pour leurs actions en leur écrivant : « à nous musulmans, vous nous donnez l’exemple à suivre pour changer notre situation ». En mars 2010, une vidéo le montrant appelant les musulmans résidant aux Etats-Unis à attaquer les civils et militaires est diffusée.

Au Yémen, il aurait poussé son clan des Awlaki à accueillir et à soutenir les combattants étrangers d’Al-Qaida. Depuis mars 2009, il vit dans la clandestinité, vraisemblablement dans les provinces de Shabwa et de Mareb où de nombreux activistes d’Al-Qaida seraient implantés. Il aurait même été nommé « commandant régional » par Oussama Ben Laden en personne. Toutefois, il reste placé sous l’autorité de l’émir d’Al-Qaida dans le Péninsule Arabique (AQPA) : Nasir al Wuhayshi.

Plus qu’un chef opérationnel, al-Awlaki est un idéologue islamique et surtout, un recruteur et un mentor spirituel. Il est probable qu’il ne connaît généralement pas directement les activistes qui se revendiquent de lui. Bien qu’au cours de sa « carrière », il ait rencontré personnellement un certain nombre de futurs terroristes, son action se fait essentiellement via le net. Les apprentis activistes trouvent dans ses discours la motivation qui les pousse à passer à l’acte.

Les services de renseignement américains doivent détenir de solides preuves à son encontre, en particulier concernant son rôle éventuel joué lors des attentats du 11 septembre et sur son potentiel de nuisance futur, pour avoir convaincu l’administration du président Obama d’autoriser une opération « Homo » à son encontre. Il reste maintenant à le localiser avant les autorités yéménites qui, elles, souhaitent l’appréhender et le juger sur place. Il faut dire que sa famille est proche de pouvoir en place à Sanaa !

Ce n’est pas la première fois que la CIA se livre à ce type d’activité au Yémen. En effet, le 2 novembre 2002, un drone Predator pulvérisait un véhicule 4×4 à bord duquel se trouvaient six activistes d’Al-Qaida, dont Ali Qaed Senyan al-Hathi, un des responsables de l’attentat dirigé contre le destroyer USS Col, survenu dans le port d’Aden, le 12 octobre 2000.

Si al-Awlaki semble avoir beaucoup d’importance en Occident et représenter la « menace numéro un » aux Etats-Unis, son influence paraît être beaucoup plus limitée dans le monde arabo-musulman, sur le théâtre Afghanistan/Pakistan (Afpak) et en Extrême-Orient. Et pourtant, certains de ses messages sont diffusés en arabe et en dialecte indonésien.

  • [1] Il est peu probable que cette action terroriste du 26 février 1993  soit le fait de l’organisation Al-Qaida, dont la structure opérationnelle était en train de naître à l’époque. Khaled Cheikh Mohamed, qui est impliqué dans cette affaire, n’avait alors pas encore rencontré Oussama Ben Laden. Ce qui est certain, c’est que par la suite, il deviendra le responsable des opérations extérieures de l’organisation.

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